Exemple : 10 % APR signifie approximativement 10 % sur un an sans capitalisation intermédiaire. Si ces mêmes 10 % sont composés chaque mois, l'APY correspondant est d'environ 10,47 % APY. C'est précisément en crypto que cette distinction mérite d'être bien comprise.

Cette page se concentre sur la différence et le calcul APR/APY. Pour ce qu'un rendement élevé peut cacher — d'où vient l'argent, quels risques il implique — direction Ce que cache un APY de 300 %.

APR : le taux sans effet composé

Prenons un capital fictif de 1 000 € avec 10 % APR. Sans capitalisation, le rendement théorique annuel est de 1 000 × 10 % = 100 €. Après un an : 1 100 €. Le calcul porte sur le capital initial — les récompenses obtenues en cours de route ne sont pas supposées produire elles-mêmes de nouvelles récompenses.

Binance définit ainsi l'APR comme un taux annuel reposant sur l'intérêt simple, contrairement à l'APY qui tient compte de la capitalisation.

APY : quand les rendements produisent eux-mêmes des rendements

Cette fois, les récompenses sont supposées être régulièrement réinvesties. Vous gagnez alors un rendement sur votre capital initial, puis sur les rendements déjà obtenus, puis sur les rendements générés par ces rendements. C'est le principe des intérêts composés.

Prenons toujours 1 000 € à 10 % APR, mais avec une capitalisation mensuelle. À la fin du premier mois, une petite récompense est ajoutée au capital. Le mois suivant, le rendement est calculé sur un montant légèrement supérieur. Puis l'opération se répète. Après douze mois, le rendement effectif n'est plus de 10 %, mais d'environ 10,47 % APY. L'écart provient uniquement de la capitalisation.

La formule APR → APY

Lorsque l'APR et la fréquence de capitalisation sont connus :

APY = (1 + APR / n)ⁿ − 1

n représente le nombre de périodes de capitalisation dans l'année : annuel (n = 1), trimestriel (n = 4), mensuel (n = 12), quotidien (n = 365). Binance utilise cette même relation pour comparer les deux mesures.

Prenons 20 % APR. Sans capitalisation : 20 % de rendement annuel simple. Avec capitalisation mensuelle : ≈ 21,94 % APY. Avec capitalisation quotidienne : ≈ 22,13 % APY. Le taux de départ n'a pas changé — c'est uniquement la fréquence de capitalisation qui augmente le rendement théorique final.

Tableau : APR et APY en une minute

APRCapitalisationAPY approximatif
5 %mensuelle5,12 %
10 %mensuelle10,47 %
20 %mensuelle21,94 %
20 %quotidienne22,13 %
50 %mensuelle63,21 %

Plus le taux de départ est important, plus l'effet composé devient visible. Voilà pourquoi une plateforme peut afficher un APY sensiblement supérieur à l'APR alors que les deux correspondent au même mécanisme de rendement initial.

Pourquoi cette différence est particulièrement importante en crypto

Dans la finance traditionnelle, les taux sont souvent relativement faibles — entre 3 % APR et l'APY correspondant, l'écart est limité. Dans la DeFi, on peut rencontrer des taux beaucoup plus importants : 20 %, 50 %, 100 %, parfois plusieurs centaines de pourcents. L'effet composé devient alors beaucoup plus spectaculaire.

Un APR élevé présenté sous forme d'APY peut produire un chiffre visuellement impressionnant. Mais cela ne signifie pas que le protocole crée davantage de valeur économique. Une partie de la différence vient simplement de l'hypothèse selon laquelle les récompenses seront continuellement réinvesties.

Le regard DrFredMarkets

C'est une distinction que je trouve essentielle : l'APY peut augmenter sans que la source du rendement augmente. On ne crée pas un meilleur protocole en appuyant plus souvent sur le bouton « réinvestir ». On modifie simplement la manière dont le rendement est capitalisé.

APR 100 % ne signifie pas APY 100 %

Prenons volontairement un cas extrême : 100 % APR. Sur 1 000 unités, un rendement simple de 100 % représente 1 000 unités supplémentaires sur un an — valeur finale théorique : 2 000 unités. Mais si les récompenses sont régulièrement composées, l'APY devient supérieur à 100 %. Plus la fréquence de capitalisation augmente, plus l'écart se creuse.

C'est ainsi que certaines stratégies DeFi peuvent afficher des APY extrêmement élevés sans que le rendement brut du mécanisme économique sous-jacent soit aussi élevé que le chiffre final affiché. L'APY ajoute l'effet du réinvestissement. Il ne révèle pas davantage d'où vient l'argent.

Et c'est là que commence le vrai problème en crypto

Mathématiquement, APR et APY sont assez simples. Économiquement, c'est une autre histoire. Supposons qu'un protocole annonce 50 % APR et permette une capitalisation fréquente. Le chiffre APY correspondant peut dépasser largement 50 %. Mais les récompenses sont payées dans un token volatil.

Pendant l'année, vous accumulez davantage de tokens, vous réinvestissez ces tokens, vous obtenez donc encore davantage de tokens. L'APY peut être parfaitement calculé. Mais si le token perd 70 % de sa valeur, votre résultat exprimé en euros ou en dollars peut rester négatif. CoinGecko rappelle justement que les rendements crypto peuvent varier en fonction du prix du token et des incentives distribués.

Le regard DrFredMarkets

APR et APY mesurent une croissance de quantité selon certaines hypothèses. Ils ne garantissent pas une croissance de votre patrimoine dans votre monnaie de référence. C'est probablement la phrase la plus importante de cette page.

20 % APY de quoi ?

Un pourcentage seul n'est jamais suffisant. Imaginez deux offres :

Produit A
  • 8 % APY, rémunération dans un stablecoin.
Produit B
  • 30 % APY, rémunération dans un token très volatil.

Si l'on ne regarde que les chiffres, 30 > 8 — la comparaison semble terminée. Elle ne fait en réalité que commencer. Pour comparer les deux rendements, il faut savoir quel actif est déposé, dans quel actif les récompenses sont versées, comment cet actif peut évoluer, d'où proviennent les récompenses, et quels risques sont pris. Coinbase rappelle notamment que les stratégies DeFi peuvent distribuer leurs récompenses dans le token d'un protocole et que leurs taux peuvent évoluer rapidement.

Un APY suppose réellement que les récompenses soient composées

Une plateforme affiche 15 % APY sur la base d'une capitalisation quotidienne. Mais imaginons que les récompenses ne soient pas automatiquement réinvesties. Pour obtenir réellement l'effet composé prévu par l'APY, l'utilisateur doit récupérer ses récompenses, éventuellement les convertir, les redéposer, et répéter l'opération régulièrement. S'il ne le fait jamais, son rendement réel se rapproche davantage d'une logique APR.

Et sur une blockchain, ces opérations peuvent coûter des frais. La différence théorique créée par la capitalisation peut alors être partiellement ou totalement consommée par les frais réseau, les frais du protocole, les frais de swap, ou le temps nécessaire aux opérations.

Exemple : capital 1 000 €, APR 5 %. L'effet de la capitalisation mensuelle représente seulement quelques euros supplémentaires sur une année. Si chaque opération de réinvestissement coûte plusieurs euros, composer chaque mois peut être économiquement absurde. Plus fréquemment composé ne signifie donc pas automatiquement plus rentable après frais.

Auto-compounding : quand le protocole le fait automatiquement

Certaines stratégies réinvestissent automatiquement les récompenses — on parle d'auto-compounding. Dans ce cas, l'APY est plus facile à interpréter puisque le mécanisme permettant l'effet composé fait partie du produit. Dans d'autres cas, le protocole affiche un rendement annualisé tout en laissant l'utilisateur gérer lui-même le réinvestissement. Binance souligne qu'il faut vérifier si les récompenses sont réellement composées automatiquement ou si cette opération dépend de l'utilisateur.

APY affiché aujourd'hui ne signifie pas APY obtenu dans un an

C'est probablement le deuxième piège majeur. Un APY est annuel dans son unité — cela ne signifie pas que le taux actuel est garanti pendant un an. En DeFi, les rendements peuvent varier rapidement selon les capitaux déposés, la demande d'emprunt, le volume de transactions, les incentives, la gouvernance, ou les émissions de tokens.

Imaginez un pool qui affiche aujourd'hui 40 % APY sur la base de son rendement actuel. Trois semaines plus tard, beaucoup de capitaux arrivent. Les récompenses doivent désormais être partagées entre davantage de participants. Le taux tombe à 12 %. Le 40 % initial n'était pas nécessairement mensonger — c'était l'annualisation d'une situation qui n'a pas duré un an.

Le regard DrFredMarkets

C'est pourquoi je préfère lire « APY actuel : 40 % » comme : « si les conditions actuelles restaient identiques et que les récompenses étaient composées selon l'hypothèse utilisée, le rendement annualisé serait d'environ 40 %. » C'est beaucoup plus long. Mais c'est aussi beaucoup plus proche de ce que le chiffre signifie réellement.

Deux protocoles affichent 10 % : sont-ils équivalents ?

Pas forcément.

Protocole A
  • 10 % APR, sans auto-compounding.
Protocole B
  • 10 % APY, avec auto-compounding.

Le taux affiché est identique — 10 %. Mais ce n'est pas le même chiffre. À l'inverse, un Protocole C à 10 % APR composé mensuellement a un APY théorique d'environ 10,47 %, comparable à un Protocole D affichant directement 10,47 % APY. La règle est donc simple : pour comparer deux rendements, commencez par les convertir dans la même unité. Binance recommande explicitement de comparer APR avec APR ou APY avec APY plutôt que de confronter directement deux métriques différentes.

Pourquoi les plateformes choisissent-elles parfois APY plutôt qu'APR ?

Parce que l'APY est souvent plus élevé. Prenons 20 % APR avec capitalisation quotidienne : l'APY devient environ 22,13 %. Quel chiffre est le plus séduisant sur une interface ? Probablement 22,13 % APY — les deux peuvent pourtant décrire exactement le même taux sous-jacent. Cela ne signifie pas qu'afficher l'APY est trompeur : c'est même une métrique très utile lorsque les récompenses sont réellement composées. Mais le choix de la métrique influence clairement la perception du rendement.

Le regard DrFredMarkets

Quand deux pourcentages sont différents, vérifiez d'abord s'ils mesurent réellement deux rendements différents. Parfois, vous regardez simplement le même rendement présenté de deux façons.

La fréquence de capitalisation peut aussi devenir un argument marketing

« Capitalisation quotidienne » semble meilleure que « capitalisation mensuelle ». Mathématiquement, c'est vrai : à APR identique, l'APY augmente légèrement avec la fréquence de capitalisation. Mais l'écart devient souvent beaucoup moins spectaculaire que le marketing ne le suggère.

À 20 % APR : capitalisation mensuelle ≈ 21,94 % APY, capitalisation quotidienne ≈ 22,13 % APY. L'écart entre les deux est d'environ 0,19 point de pourcentage. Il existe, mais il est probablement beaucoup moins important que la volatilité du token, les frais, la durée réelle du taux, l'inflation de la supply, ou le risque du protocole. Optimiser la fréquence de capitalisation tout en ignorant le risque du token revient parfois à régler les rétroviseurs pendant que le moteur brûle.

APR/APY et staking : regarder l'inflation

Prenons un token offrant 12 % APR de staking. La récompense provient principalement de nouvelles émissions. Supposons que la supply totale augmente parallèlement de 10 % par an. Le détenteur qui stake reçoit 12 % d'unités supplémentaires. Mais l'ensemble du système contient également davantage de tokens. Il est donc incomplet de présenter uniquement « 12 % de rendement » — il faut au minimum regarder le rendement nominal face à la dilution monétaire du système, sans prétendre pour autant qu'une simple soustraction donne le rendement financier réel, puisque le prix du token peut évoluer indépendamment.

APR/APY et liquidity mining : encore plus de variables

Dans un pool de liquidité, le rendement peut provenir de plusieurs sources : frais de trading, émissions du protocole, incentives temporaires. Coinbase décrit le yield farming comme un mécanisme où des utilisateurs déposent des actifs dans des applications DeFi et peuvent recevoir des récompenses en tokens, souvent présentées sous forme d'APY. À cela peuvent s'ajouter la volatilité des deux actifs, l'évolution du pool, la perte impermanente, et les frais de transactions. Le chiffre APR/APY devient alors encore moins capable de résumer l'économie complète de la position.

Les erreurs fréquentes

« APR et APY sont la même chose »

Non. L'APY intègre la capitalisation, contrairement à l'APR.

« 10 % APR est moins bon que 10 % APY »

Pas exactement formulé ainsi. Les deux mesures ne sont pas directement comparables sans connaître la fréquence de capitalisation et les modalités du produit.

« 20 % APY signifie que j'aurai forcément 20 % de plus dans un an »

Non. Le taux peut varier et l'actif rémunérant peut changer de valeur.

« Plus la capitalisation est fréquente, plus le produit est intéressant »

Mathématiquement, l'effet composé augmente. Économiquement, les frais et les risques peuvent largement dominer la différence.

« 30 % APY en token = 30 % de rendement en euros »

Non. Cela dépend également du prix du token.

« Si une plateforme affiche APY, elle réinvestit automatiquement mes récompenses »

Pas nécessairement. Il faut vérifier le fonctionnement exact du produit.

Ma méthode pour comparer deux rendements

Avant de comparer deux pourcentages, je vérifie six choses.

1. Est-ce un APR ou un APY ?

Ne jamais comparer directement les deux sans conversion.

2. Quelle fréquence de capitalisation est utilisée ?

Mensuelle ? Quotidienne ? Automatique ?

3. Le réinvestissement est-il réellement automatique ?

Ou faut-il intervenir soi-même ?

4. Dans quel actif le rendement est-il payé ?

Le chiffre nominal n'indique pas la volatilité de la récompense.

5. Le taux est-il fixe ou variable ?

Un taux annualisé aujourd'hui peut être très différent demain.

6. D'où vient le rendement ?

Frais économiques ou émissions de tokens ?

Ce n'est qu'après ces six questions que la comparaison APR/APY devient réellement utile.

Exemple final

Alpha — 15 % APR
  • Récompenses auto-composées quotidiennement
  • Rémunération dans le même actif
  • Taux variable
Beta — 16 % APY
  • Capitalisation déjà incluse
  • Rémunération dans un token différent
  • Incentives temporaires

Au premier regard, 16 % > 15 % : Beta semble supérieur. Mais Alpha avec capitalisation possède déjà un APY théorique supérieur à son APR affiché. Et Beta rémunère dans un actif différent avec un programme temporaire. Le simple classement 15 contre 16 n'apporte donc quasiment aucune information. C'est exactement pourquoi APR et APY doivent être compris avant d'être comparés.

À retenir

APR mesure un rendement annuel sans intégrer l'effet composé. APY intègre le réinvestissement des rendements. À taux sous-jacent identique, APY ≥ APR dès lors qu'il existe une capitalisation au cours de l'année. Plus le rendement et la fréquence de capitalisation sont élevés, plus la différence peut devenir importante.

Mais en crypto, comprendre cette formule ne suffit pas. Il faut également savoir si le taux peut changer, si les récompenses sont réellement réinvesties, dans quel token elles sont versées, combien coûte le réinvestissement, quelle inflation existe, et d'où vient le rendement.

APR et APY permettent de comparer la manière dont un rendement est exprimé. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de comparer la qualité de deux placements crypto. Avant de chercher le pourcentage le plus élevé, commencez donc par vérifier que vous comparez réellement la même chose.

Sources

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