Ils cherchent à résoudre un problème proche : comment permettre à un réseau ouvert de déterminer qui peut proposer des blocs, et rendre une attaque suffisamment coûteuse pour protéger l'historique du registre ?
Bitcoin utilise la Proof of Work. Ethereum utilise la Proof of Stake depuis 2022. Et surtout : aucun des deux n'est automatiquement « meilleur » dans l'absolu. Ils représentent deux façons différentes de sécuriser un registre distribué.
Pourquoi une blockchain a-t-elle besoin de Proof of Work ou de Proof of Stake ?
Dans une blockchain ouverte, n'importe qui peut théoriquement rejoindre le réseau. Si la règle était simplement « un ordinateur, un vote », un attaquant pourrait créer des milliers de machines virtuelles ou d'identités et disposer artificiellement de milliers de votes. C'est ce qu'on appelle une attaque Sybil.
Une blockchain publique doit donc associer l'influence sur le consensus à quelque chose qui ne puisse pas être multiplié gratuitement. Bitcoin utilise une ressource physique et économique : la puissance de calcul. Ethereum utilise une ressource économique native au réseau : l'ETH staké. Ethereum.org rappelle justement que la Proof of Work et la Proof of Stake sont des composants du mécanisme de consensus permettant notamment de résister à ce type d'attaque, mais qu'elles ne constituent pas à elles seules un protocole de consensus complet.
La question centrale n'est donc pas « qui possède le plus d'ordinateurs ? » mais « quelle ressource faut-il réellement contrôler pour peser sur le consensus, et combien coûte son acquisition ? »
C'est cette ressource qui différencie principalement PoW et PoS.
Comment fonctionne la Proof of Work ?
Dans Bitcoin, les mineurs cherchent à produire un bloc valide. Pour cela, ils font varier l'en-tête du bloc et calculent en continu des hashes jusqu'à trouver un résultat inférieur à une cible définie par le protocole. Il n'existe pas de raccourci connu permettant de prédire directement le bon résultat : le mineur doit donc effectuer énormément d'essais. Le premier mineur qui trouve une solution valide peut proposer son bloc ; les autres nœuds vérifient ensuite que la preuve de travail est correcte, que les transactions sont valides et que le bloc respecte les règles du protocole. S'il est valide, le bloc peut être accepté dans la chaîne.
Pourquoi parler de « travail » ?
Parce que produire le bloc nécessite réellement de consommer des ressources. Le mineur doit financer du matériel spécialisé, de l'électricité, des infrastructures, du refroidissement et de la maintenance. Bitcoin transforme ainsi une ressource extérieure au protocole en coût de sécurité. Ce coût n'est pas symbolique : il est payé dans le monde réel.
Que gagne le mineur ?
Lorsqu'un mineur produit un bloc valide, il peut recevoir la récompense de bloc prévue par le protocole ainsi que les frais associés aux transactions incluses. Bitcoin.org rappelle que cette rémunération incite les mineurs à fournir la puissance de calcul nécessaire au traitement et à la sécurisation du réseau. On obtient donc une boucle économique : matériel et énergie créent de la sécurité, qui est rémunérée en BTC. Les mineurs doivent cependant vendre une partie de leurs revenus pour financer leurs coûts : le modèle économique de la Proof of Work implique donc un lien permanent avec des dépenses externes.
Pourquoi la difficulté du minage change-t-elle ?
Si davantage de puissance de calcul rejoint Bitcoin, les blocs pourraient théoriquement être trouvés plus rapidement. Le protocole ajuste donc la difficulté tous les 2 016 blocs, en comparant le temps réellement écoulé à la cible théorique de deux semaines, afin de conserver un rythme de production de blocs proche de dix minutes en moyenne. Plus la puissance totale augmente, plus la compétition pour produire le prochain bloc devient difficile. À l'inverse, si une partie importante des mineurs quitte le réseau, la difficulté peut ensuite diminuer.
Pourquoi la Proof of Work protège-t-elle l'historique ?
Chaque bloc dépend du précédent. Si un attaquant modifie une transaction ancienne, il modifie le bloc concerné : son hash change, et les blocs suivants ne correspondent plus. L'attaquant doit donc reconstruire la preuve de travail du bloc modifié puis celle de tous les blocs suivants, tout en essayant de rattraper la chaîne produite par les mineurs honnêtes. Le coût de modification d'un bloc ancien augmente ainsi avec chaque nouveau bloc ajouté après lui.
Dans Bitcoin, l'historique n'est pas protégé parce que « le fichier est impossible à modifier ». Il est protégé parce que réécrire ce fichier de façon acceptée par le réseau exige de refaire une quantité croissante de travail économique.
C'est très différent.
La chaîne avec le plus de travail
On entend souvent parler de « la plus longue chaîne ». La formulation plus précise est celle de la chaîne ayant accumulé le plus de preuve de travail selon les règles du protocole. Un mineur disposant de beaucoup de puissance ne peut donc pas simplement créer des bitcoins au-delà des règles, des signatures inexistantes ou des transactions invalides : les nœuds rejetteraient le bloc. Bitcoin.org rappelle explicitement qu'un mineur ne peut pas augmenter arbitrairement sa récompense ou imposer des transactions frauduleuses si celles-ci enfreignent les règles vérifiées par les nœuds.
Posséder le hash rate ne signifie donc pas posséder Bitcoin
Le mineur influence notamment l'ordre des transactions, la production des blocs, et potentiellement la censure temporaire de certaines transactions s'il contrôle suffisamment de puissance. Mais il ne peut pas modifier librement les règles que les nœuds appliquent.
Produire les blocs et définir ce qu'est un bloc valide sont deux pouvoirs différents. C'est vrai en Proof of Work comme en Proof of Stake.
Comment fonctionne la Proof of Stake ?
En Proof of Stake, la ressource engagée n'est plus principalement la puissance de calcul : ce sont des cryptoactifs immobilisés. Sur Ethereum, les validateurs déposent 32 ETH dans le mécanisme de staking. Ils peuvent ensuite être sélectionnés pour proposer des blocs, vérifier des blocs, ou voter sur l'état de la chaîne. Ethereum.org décrit ce stake comme une valeur engagée par le validateur, susceptible d'être détruite s'il tente de frauder le réseau, par exemple en proposant plusieurs blocs pour un même créneau ou en envoyant des attestations contradictoires. La logique économique devient donc : capital immobilisé, participation au consensus, récompenses.
Pourquoi immobiliser du capital ?
Parce que le protocole doit disposer d'un moyen de sanction. Un validateur honnête peut recevoir des récompenses. Un validateur qui ne remplit pas certaines tâches peut perdre des récompenses ou subir des pénalités d'inactivité. Et certains comportements contradictoires ou malveillants peuvent provoquer un slashing : le réseau détruit alors une partie du capital engagé et force la sortie du validateur.
PoW : dépenser. PoS : risquer.
On peut résumer grossièrement la différence ainsi. En Proof of Work, le participant dépense continuellement des ressources pour avoir une chance de produire des blocs. En Proof of Stake, le participant immobilise une ressource qu'il risque de perdre s'il enfreint certaines règles. C'est une différence économique profonde : en PoW, la sécurité vient notamment de dépenses déjà effectuées ; en PoS, elle vient notamment de capital actuellement exposé à une sanction.
C'est probablement la meilleure façon de distinguer les deux : la Proof of Work fait payer la participation en travail, la Proof of Stake la fait garantir par du capital.
Les deux cherchent à rendre la fraude coûteuse. Ils ne font simplement pas payer le coût de la même manière.
Qu'est-ce que le slashing ?
Le slashing est souvent résumé par « si un validateur se trompe, il perd son ETH ». C'est trop vague. Sur Ethereum, les comportements slashables correspondent principalement à deux formes de malhonnêteté : proposer plusieurs blocs pour un même créneau, ou soumettre des attestations contradictoires. Une simple indisponibilité n'entraîne pas ce type de sanction : les validateurs hors ligne perdent principalement des récompenses et subissent des pénalités d'inactivité mineures.
Ethereum applique également une correlation penalty : un validateur isolé slashé peut perdre moins de 0,1 % de son stake, mais lorsque de nombreux validateurs sont slashés simultanément, la sanction peut aller jusqu'à la destruction complète du stake concerné. La logique est simple : un problème touchant simultanément une énorme partie des validateurs représente un risque beaucoup plus sérieux pour le réseau qu'une erreur isolée.
Proof of Stake et finalité
Ethereum introduit une notion importante : la finalité économique explicite. Les validateurs votent sur des checkpoints à chaque limite d'époque. Lorsqu'une supermajorité représentant les deux tiers du stake total confirme une paire de checkpoints, le plus récent devient finalisé. Ethereum.org indique qu'une réversion d'un bloc finalisé obligerait un attaquant à accepter de perdre au moins un tiers du stake total, ce qui rend une telle réversion économiquement prohibitive.
Cela diffère du modèle Bitcoin, où l'on parle davantage de confirmations et d'une probabilité décroissante de réorganisation à mesure que de nouveaux blocs s'ajoutent.
- Finalité progressive et probabiliste
- Plus une transaction a de blocs après elle, plus sa réorganisation devient difficile
- La confiance augmente graduellement
- Mécanisme explicite de finalisation par vote des validateurs
- Un bloc finalisé est considéré comme définitif
- Renverser un état finalisé implique des pertes massives pour les attaquants
Ce sont deux modèles différents. Cela ne signifie pas que l'un est automatiquement plus sûr que l'autre : ils définissent différemment le coût et la finalité.
Que faut-il contrôler pour attaquer un réseau PoW ?
Dans un système Proof of Work, l'attaquant doit contrôler une part suffisante de la puissance de calcul. On parle souvent d'attaque des 51 % : un acteur contrôlant une majorité de la puissance dispose d'une capacité importante à construire une chaîne concurrente, ce qui peut notamment permettre certaines réorganisations, des doubles dépenses ou de la censure. Mais même avec une majorité de hash rate, l'attaquant ne peut pas arbitrairement créer une transaction signée par quelqu'un d'autre ni modifier les règles acceptées par les nœuds.
51 % du minage ne signifie pas 51 % de contrôle sur tout Bitcoin. Cela donne un pouvoir important sur la production et l'ordre des blocs. Pas un droit de réécrire toutes les règles.
Que faut-il contrôler pour attaquer un réseau PoS ?
Le raisonnement dépend du protocole. Sur Ethereum, différents seuils de stake donnent différents pouvoirs : environ un tiers du stake total peut suffire à empêcher la finalisation, tandis que des proportions supérieures donnent des capacités d'attaque plus importantes, la réécriture d'un historique déjà finalisé impliquant des seuils et des sanctions encore plus élevés. L'élément important n'est pas de mémoriser chaque seuil, mais de comprendre que le pouvoir d'attaque dépend de la quantité de capital staké contrôlée, et qu'une partie de ce capital peut être détruite.
Que se passe-t-il après une attaque ?
C'est l'une des différences conceptuelles les plus intéressantes.
- Le matériel utilisé pour attaquer existe toujours après l'attaque
- Si l'attaquant conserve sa puissance, il peut théoriquement recommencer
- Le matériel n'est pas détruit automatiquement par le protocole
- Le protocole peut sanctionner directement le capital identifié
- Le stake peut être détruit ou les validateurs expulsés
- La ressource d'attaque devient elle-même la cible de la sanction
En PoW, l'attaquant paie surtout pour obtenir et utiliser sa puissance. En PoS, une partie de la ressource utilisée pour attaquer peut elle-même devenir la cible de la sanction.
Et l'énergie ?
C'est la différence la plus connue. La Proof of Work nécessite continuellement des calculs compétitifs : la consommation électrique fait partie intégrante du mécanisme économique. En Proof of Stake, les validateurs n'ont pas besoin de résoudre continuellement des calculs de minage compétitifs. Ethereum a remplacé son ancien système Proof of Work par la Proof of Stake en septembre 2022, supprimant le minage de son mécanisme de consensus. Il est donc raisonnable de dire qu'un système PoS comme Ethereum nécessite beaucoup moins d'énergie pour son consensus que son ancienne architecture PoW. Mais une erreur fréquente consiste ensuite à conclure que moins d'énergie signifie automatiquement un meilleur consensus : la consommation énergétique n'est qu'un des critères.
L'énergie de Bitcoin est-elle « gaspillée » ?
Le mot dépend du jugement porté sur le service obtenu. Les calculs du minage n'ont pas pour objectif de produire une simulation scientifique ou un résultat commercial externe : ils servent à rendre la création de blocs coûteuse et à sécuriser l'ordre du registre. Pour quelqu'un qui considère ce service sans intérêt, l'énergie paraît inutile. Pour quelqu'un qui considère importante l'existence d'un système monétaire difficile à modifier sans autorité centrale, cette énergie constitue une partie du coût de sécurité.
Je préfère éviter « Bitcoin gaspille de l'énergie » comme « Bitcoin transforme magiquement l'énergie en valeur ».
La formulation factuelle est plus simple : Bitcoin utilise volontairement une dépense énergétique comme composante de son mécanisme de sécurité. À chacun ensuite de juger si le service obtenu justifie ce coût.
La Proof of Stake est-elle gratuite énergétiquement ?
Non. Les validateurs utilisent des serveurs, des réseaux, du stockage, des data centers ou des machines personnelles. Mais ils n'ont pas besoin de participer à une compétition permanente de hashing comparable au minage Proof of Work : la différence d'échelle énergétique peut donc être considérable. La PoS introduit cependant à la place une autre ressource économique : du capital immobilisé. Le coût n'a pas disparu. Il a changé de nature.
Barrière à l'entrée : matériel contre capital
Pour participer directement à la production des blocs, la Proof of Work demande du matériel spécialisé, un accès à une énergie compétitive et une infrastructure adaptée ; le minage y est aujourd'hui fortement spécialisé autour de matériel dédié (les ASIC). La Proof of Stake demande le capital requis par le protocole, une machine suffisamment fiable, une connexion réseau et des compétences techniques : sur Ethereum, le modèle natif de validation repose sur du stake en ETH et sur l'exécution d'un logiciel de validation. Les deux systèmes créent donc des barrières : la PoW favorise l'accès aux ressources physiques, la PoS favorise l'accès au capital natif.
Le problème de la concentration du minage et du staking
Un mineur individuel peut rejoindre un pool afin d'obtenir des revenus plus réguliers plutôt que d'attendre potentiellement longtemps de trouver lui-même un bloc : les pools regroupent le hash rate et répartissent les revenus selon la contribution des participants, ce qui améliore la prévisibilité économique mais soulève une question de concentration au niveau des pools. Il faut alors distinguer les propriétaires réels du matériel des pools qui coordonnent la production des blocs : une concentration apparente au niveau des pools ne signifie pas nécessairement qu'une seule entité possède toute cette puissance, mais elle reste un élément à surveiller.
La Proof of Stake possède son propre risque de concentration. Les utilisateurs peuvent préférer déléguer ou déposer leurs actifs auprès d'un exchange, d'un pool de staking, d'un protocole de liquid staking ou d'un grand opérateur, ce qui peut concentrer une part importante du stake autour de quelques infrastructures. Ethereum.org souligne d'ailleurs que ses mécanismes de récompenses et de pénalités doivent notamment encourager une répartition des validateurs et limiter certaines formes de concentration, par exemple autour d'un même client logiciel.
La Proof of Work ne supprime pas la concentration. La Proof of Stake non plus. Elles déplacent en partie l'endroit où elle peut apparaître : énergie, matériel et pools côté PoW ; capital, pools de staking et prestataires côté PoS.
« Les riches deviennent toujours plus riches » en PoS ?
C'est une critique fréquente. Un détenteur important peut staker davantage de capital et recevoir davantage de récompenses : c'est vrai en valeur absolue. Mais la même logique existe dans beaucoup de systèmes proportionnels : un mineur disposant de deux fois plus de puissance de calcul reçoit, toutes choses égales par ailleurs, environ deux fois plus de revenus attendus. La vraie question n'est donc pas « les gros acteurs gagnent-ils plus ? » mais « existe-t-il des mécanismes qui poussent durablement le système vers une concentration croissante du pouvoir de validation ? ». Cette question doit être étudiée empiriquement pour chaque réseau.
Le stake crée-t-il une boucle autoréférentielle ?
C'est également une critique courante de la PoS : « le réseau est sécurisé par son propre token, dont la valeur dépend du réseau ». Il existe effectivement une relation plus directe entre la valeur économique du token, la valeur du stake et le coût d'une attaque : si la valeur du token diminue fortement, le coût économique absolu nécessaire pour acquérir une quantité donnée de stake peut diminuer. Mais le même type de relation existe aussi en PoW : si les récompenses du minage deviennent beaucoup moins rentables, des mineurs peuvent quitter le réseau et le hash rate peut évoluer. Dans les deux modèles, la sécurité a un coût économique et dépend de l'économie du réseau ; simplement, les mécanismes de transmission diffèrent.
Consensus et tokenomics
En PoW, les nouveaux BTC émis avec les blocs servent notamment à rémunérer les mineurs, en plus des frais. En PoS, les validateurs peuvent être rémunérés par de nouvelles émissions et par certains frais selon le protocole. C'est pourquoi un rendement de staking doit toujours être replacé dans la politique monétaire du token : recevoir 5 % de tokens supplémentaires dans un système dont l'offre augmente fortement n'a pas la même signification qu'un rendement financé autrement. Nous détaillons ce mécanisme et le risque de dilution dans l'article dédié au staking : consensus et tokenomics se rejoignent directement sur la question du financement de la sécurité.
Il n'existe pas de consensus gratuit. En PoW : équipements, énergie, maintenance, rémunération des mineurs. En PoS : capital immobilisé, coût d'opportunité, récompenses, risques de pénalités. La bonne question n'est donc pas « lequel coûte ? », les deux coûtent, mais « quelle ressource paie la sécurité, comment est-elle rémunérée et comment peut-elle être sanctionnée ? »
Tableau comparatif
| Critère | Proof of Work | Proof of Stake |
|---|---|---|
| Ressource principale | Puissance de calcul | Capital staké |
| Producteurs | Mineurs | Validateurs |
| Coût permanent | Énergie, matériel, infrastructure | Immobilisation du capital, infrastructure |
| Sanction principale | Dépenses non récupérées | Pénalités, éventuellement slashing |
| Exemple majeur | Bitcoin | Ethereum |
| Finalité | Progressive, probabiliste | Finalité économique explicite possible |
| Concentration possible | Pools, ASIC, énergie | Pools de staking, capital |
| Énergie de consensus | Élevée par conception | Nettement plus faible |
| Ressource de sécurité | Externe au token | Token natif |
Ce tableau permet de comprendre les différences. Il ne doit surtout pas être transformé en score PoW contre PoS : les propriétés recherchées par chaque blockchain peuvent être différentes.
Pourquoi Bitcoin ne passe-t-il pas simplement en Proof of Stake ?
Parce que la Proof of Work n'est pas un composant accidentel de Bitcoin : elle fait partie de son architecture économique et de son modèle de sécurité depuis l'origine. Passer à la Proof of Stake ne constituerait pas une simple optimisation technique comparable à remplacer un serveur. Cela modifierait la ressource déterminant la sécurité, les acteurs économiques, les incitations et certaines hypothèses fondamentales du réseau. Bitcoin.org rappelle par ailleurs que les changements de consensus doivent être largement acceptés par les utilisateurs et opérateurs du réseau : les développeurs ou les mineurs ne peuvent pas simplement imposer arbitrairement de nouvelles règles. La question « pourquoi Bitcoin ne fait-il pas comme Ethereum ? » revient donc à demander pourquoi deux systèmes ayant des philosophies et des architectures différentes n'utilisent pas le même modèle.
Pourquoi Ethereum est-il passé à la Proof of Stake ?
Ethereum utilisait initialement la Proof of Work. En septembre 2022, lors de The Merge, son mécanisme de consensus est passé à la Proof of Stake. Ethereum présente ce changement comme permettant une consommation énergétique beaucoup plus faible et une architecture correspondant mieux à sa feuille de route. C'est un cas particulièrement intéressant : la blockchain a conservé son historique et sa couche d'exécution, tout en remplaçant la ressource utilisée pour sécuriser son consensus.
La Proof of Work est-elle plus sûre que la Proof of Stake ?
Il n'existe pas de réponse universelle sérieuse à cette question. La sécurité dépend notamment du réseau étudié, du montant économique consacré à sa sécurité, de la distribution des participants, du logiciel utilisé, des mécanismes de finalité, des réactions possibles en cas d'attaque et de l'histoire du réseau. Comparer Bitcoin en PoW avec une petite blockchain en PoS presque sans validateurs n'apprend pas grand-chose sur PoW contre PoS. Même chose dans l'autre sens.
Comparer deux mécanismes abstraits est intéressant. Mais une blockchain réelle est un système complet. La sécurité n'est jamais contenue dans trois lettres : PoW ou PoS.
La Proof of Stake est-elle plus centralisée que la Proof of Work ?
Même problème. Un réseau PoW peut être très concentré. Un réseau PoS également. Il faut regarder concrètement la distribution des mineurs, des pools, la localisation, les fournisseurs de matériel, la répartition du stake, les grands services de staking, les clients logiciels et les opérateurs de nœuds. Le mécanisme de consensus utilisé influence ces dynamiques ; il ne permet pas à lui seul de mesurer la décentralisation.
PoW contre PoS et censure
Dans les deux systèmes, un producteur de blocs peut décider de ne pas inclure certaines transactions. Mais si d'autres producteurs sont libres de les inclure ensuite, la censure peut échouer. Le risque augmente lorsque suffisamment de pouvoir de production se concentre chez des acteurs partageant la même politique de censure : hash rate en PoW, stake en PoS. Encore une fois, le mécanisme change ; le problème de concentration reste.
Ce qu'il faut réellement comparer entre PoW et PoS
Lorsque j'analyse un réseau, je ne me contente donc pas de regarder son étiquette. Je pose huit questions.
1. Quelle ressource sécurise le consensus ?
Énergie et calcul, ou capital staké ?
2. Combien coûte une attaque ?
Pas théoriquement, mais avec l'économie actuelle du réseau.
3. Que reste-t-il à l'attaquant après l'attaque ?
Matériel réutilisable, ou stake susceptible d'être détruit ?
4. Comment le pouvoir est-il distribué ?
Mineurs, pools, validateurs, prestataires de staking ?
5. Comment la finalité fonctionne-t-elle ?
Confirmations progressives, ou checkpoints finalisés ?
6. Comment la sécurité est-elle financée ?
Émissions, frais, récompenses de staking ?
7. Quelles barrières limitent l'arrivée de nouveaux participants ?
ASIC, énergie, capital, compétences techniques ?
8. Qui vérifie les blocs ?
Les producteurs ne doivent pas être confondus avec ceux qui appliquent les règles.
Cette grille est plus intéressante que la seule question « PoW ou PoS ? ».
Les erreurs fréquentes
« Proof of Work = les mineurs décident des règles »
Non. Les nœuds vérifient les règles et peuvent rejeter des blocs invalides.
« Proof of Stake = les plus riches décident de tout »
Trop simpliste. Le stake pondère la participation au consensus, mais le protocole impose des règles et des sanctions.
« La PoS ne coûte rien »
Non. Le capital immobilisé possède un coût d'opportunité, et le système rémunère les validateurs.
« La PoW gaspille nécessairement de l'énergie »
Elle consomme volontairement de l'énergie pour créer son coût de sécurité. Juger si ce coût est justifié est une autre question.
« 51 % permet de voler tous les bitcoins »
Non. Contrôler le hash rate ne permet pas de créer des signatures privées ni de rendre valides des blocs qui violent les règles appliquées par les nœuds.
« La PoS ne consomme aucune énergie »
Faux. Elle consomme simplement beaucoup moins d'énergie de consensus qu'un mécanisme de minage compétitif comme celui de Bitcoin.
« Ethereum utilise la PoS, donc staking et consensus sont la même chose »
Pas exactement. La Proof of Stake est une composante d'un mécanisme de consensus plus large, comprenant notamment les règles de choix de chaîne, les votes, la finalité, les récompenses et les pénalités.
Proof of Work et Proof of Stake poursuivent un objectif commun : permettre à un réseau ouvert de maintenir un consensus tout en rendant les attaques coûteuses. Ils utilisent cependant des ressources différentes. En Proof of Work, la sécurité repose principalement sur du calcul, du matériel et de l'énergie. En Proof of Stake, elle repose principalement sur du capital immobilisé et susceptible d'être sanctionné.
Les deux peuvent connaître concentration, problèmes économiques, censure et dépendances techniques. Aucun mécanisme ne permet de conclure à lui seul qu'une blockchain est décentralisée ou qu'elle est sûre. Pour comprendre réellement un consensus, il faut regarder qui participe, quelle ressource il engage, combien une attaque coûte, et ce qui arrive à cette ressource lorsqu'un acteur attaque le réseau.
Proof of Work et Proof of Stake ne suppriment pas le coût de la confiance distribuée. Ils choisissent simplement deux façons différentes de le payer.
Sources
Le prochain article de la catégorie Comprendre abordera le Layer 1, où le choix entre Proof of Work et Proof of Stake n'est qu'un critère parmi d'autres pour comparer des réseaux complets. Pour suivre un parcours progressif avec quiz, découvrez Tokenami. Pour une sélection de lectures sur le sujet, voir Lire & s'équiper.