C'est simple en apparence. Mais la circulating supply est l'une des données les plus faciles à regarder trop vite. Parce qu'en crypto, « exister » et « circuler » ne veulent pas dire la même chose.

Circulating supply, total supply et max supply

Trois notions sont régulièrement confondues.

Circulating supply

Les tokens considérés comme actuellement disponibles au public et en circulation.

Total supply

Les tokens qui existent actuellement, généralement après déduction des tokens définitivement brûlés. Cette quantité peut inclure des tokens qui existent déjà mais restent verrouillés ou réservés.

Max supply

Le nombre maximal de tokens qui pourront théoriquement exister si le protocole prévoit une limite. Bitcoin possède par exemple une limite de 21 millions de BTC. D'autres cryptomonnaies n'ont pas de max supply prédéterminée.

CoinGecko et CoinMarketCap distinguent précisément ces trois métriques dans leurs méthodologies.

Un exemple très simple

Imaginons un projet ayant créé 1 milliard de tokens. Répartition :

  • 400 millions accessibles au public ;
  • 200 millions réservés à l'équipe et soumis à vesting ;
  • 150 millions attribués à des investisseurs avec une période de blocage ;
  • 150 millions dans une trésorerie ;
  • 100 millions réservés à de futurs programmes d'incitation.

La total supply peut être de 1 milliard. Mais la circulating supply peut n'être que de 400 millions. Si le token vaut 1 €, sa market cap sera donc de 400 M€ — et non 1 milliard d'euros. Voilà pourquoi comprendre la supply est indispensable pour comprendre la market cap.

Mais qui décide qu'un token est réellement « en circulation » ?

C'est ici que les choses deviennent plus intéressantes. La circulating supply n'est pas simplement une donnée universelle directement inscrite dans la blockchain. Les plateformes doivent déterminer quels tokens peuvent raisonnablement être considérés comme disponibles sur le marché.

CoinGecko indique par exemple exclure de sa circulating supply certains tokens verrouillés, soumis à vesting ou détenus dans des portefeuilles identifiés comme appartenant à l'équipe, à la fondation ou à certaines réserves. CoinMarketCap utilise également sa propre méthodologie et précise examiner notamment les données on-chain et les tableaux de distribution afin d'estimer ce qui circule réellement dans les mains du public.

Le regard DrFredMarkets

La circulating supply est une estimation méthodologique, pas toujours une vérité mathématique absolue. Le nombre de tokens créés peut souvent être vérifié directement. Déterminer lesquels doivent être considérés comme « circulants » demande parfois une interprétation.

C'est pourquoi deux fournisseurs de données peuvent occasionnellement afficher des chiffres différents pour un même token.

Pourquoi la circulating supply change avec le temps

La circulating supply n'est généralement pas fixe. Elle peut augmenter lorsque de nouveaux tokens deviennent disponibles. Plusieurs mécanismes peuvent intervenir :

Émission de nouveaux tokens

Bitcoin émet progressivement de nouveaux BTC comme récompense pour les mineurs. Sa circulating supply augmente donc au fil du temps, jusqu'à tendre vers sa limite de 21 millions. En juillet 2026, plus de 20 millions de BTC avaient déjà été minés, soit environ 95 % de cette limite.

Vesting

Des tokens attribués aux équipes, investisseurs ou conseillers peuvent être bloqués pendant une période déterminée. Lorsqu'ils deviennent disponibles, ils peuvent progressivement intégrer la circulating supply.

Token unlocks

Un calendrier peut prévoir la libération régulière de certaines allocations.

Récompenses

Des tokens peuvent être émis comme récompenses de staking, incentives ou programmes communautaires.

Burns

À l'inverse, certains tokens peuvent être définitivement détruits, réduisant certaines mesures de supply.

La circulating supply doit donc être vue comme une variable qui évolue avec les tokenomics du projet.

Pourquoi cette donnée change complètement la lecture d'une market cap

Prenons deux tokens affichant chacun une market cap de 500 M€ :

Token A
  • Prix : 5 €
  • Circulating supply : 100 millions
  • Total supply : 110 millions
Token B
  • Prix : 5 €
  • Circulating supply : 100 millions
  • Total supply : 1 milliard

Aujourd'hui, leur market cap est identique. Mais Token A possède déjà presque toute sa supply en circulation. Token B n'en possède qu'une petite partie. Le chiffre de 500 M€ décrit donc correctement leur valorisation actuelle, mais il ne raconte absolument pas la même histoire pour leur avenir monétaire. C'est exactement pour cela que la circulating supply ne doit jamais être regardée seule.

Le pourcentage de supply en circulation est souvent plus parlant

Plutôt que de regarder uniquement « 100 millions de tokens en circulation », je préfère souvent demander : 100 millions sur combien ?

Si le projet prévoit 105 millions de tokens au total, la situation est assez mature. S'il en prévoit 2 milliards, elle est très différente. On peut calculer : circulating supply ÷ supply totale ou maximale.

Exemple : 100 millions / 1 milliard = 10 %. Cela signifie qu'une grande partie de la supply potentielle reste encore hors circulation. Ce chiffre ne permet toujours pas de tirer une conclusion sur le prix, mais il indique immédiatement qu'il faut examiner les émissions futures.

Faible circulating supply : forcément mauvais signe ?

Non. C'est un signal à étudier, pas un verdict. Imaginez deux projets où seulement 10 % de la supply circule. Dans le premier, les 90 % restants seront distribués progressivement pendant plusieurs décennies. Dans le second, la moitié de la supply totale doit être débloquée dans les deux prochaines années. Même pourcentage actuel. Situation totalement différente.

Le regard DrFredMarkets

La circulating supply vous indique ce qui est déjà dehors. Le calendrier d'émission vous indique à quelle vitesse le reste pourrait arriver. C'est pourquoi un pourcentage de supply en circulation sans calendrier associé reste une information incomplète.

Circulating supply et FDV : le lien direct

La différence entre market cap et FDV vient largement de la différence entre les supplies utilisées pour les calculer.

Imaginons : prix 2 €, circulating supply 100 M, max supply 1 Md. Market cap : 200 M€. FDV calculée sur la max supply : 2 Md€.

Pourquoi une telle différence ? Pas parce que le token possède deux prix — le prix est exactement le même. La différence vient de la quantité de tokens utilisée dans chaque calcul. C'est pourquoi la circulating supply constitue le pont entre market cap et FDV. Comprendre l'une rend les deux autres beaucoup plus faciles à interpréter.

Le cas « low float, high FDV »

Certains tokens arrivent sur le marché avec une faible portion de la supply disponible, un prix initial relativement élevé, une market cap qui semble raisonnable, mais une FDV très importante. Cette configuration est couramment décrite comme low float, high FDV. CoinGecko cite également cette structure lorsqu'une faible circulating supply coexiste avec une forte valorisation diluée.

Prenons : prix 4 €, circulating supply 50 M, max supply 1 Md. Market cap : 200 M€. FDV : 4 Md€.

Quelqu'un regardant uniquement la market cap pourrait penser : « 200 millions seulement, le projet est encore petit. » Mais seulement 5 % de la supply maximale est actuellement prise en compte dans cette market cap. Cela change complètement la lecture — pas parce que la FDV serait nécessairement « la vraie valeur », mais parce que la market cap actuelle repose sur un float extrêmement réduit.

Unlock ne signifie pas automatiquement circulating supply

Autre nuance importante. On pourrait imaginer que dès qu'un token est débloqué, il devient forcément circulating. Ce n'est pas nécessairement aussi simple.

CoinMarketCap précise par exemple que certains actifs attribués à des insiders ou qui ne sont pas réellement disponibles sur le marché public peuvent rester exclus de sa circulating supply même lorsqu'ils ne sont plus techniquement verrouillés. CoinGecko applique également des exclusions à certains portefeuilles considérés comme non circulants.

Cela montre encore une fois qu'un token techniquement transférable n'est pas nécessairement considéré comme faisant partie du float public.

Et les tokens perdus ?

Bitcoin offre un autre exemple intéressant. Des BTC minés il y a longtemps peuvent être techniquement comptabilisés dans l'offre existante alors que leurs clés privées ont été perdues définitivement. Binance Academy rappelle que certaines estimations considèrent qu'une part significative des bitcoins minés pourrait être inaccessible à jamais.

Cela crée une distinction entre circulating supply mesurée et offre réellement disponible économiquement. On ne peut évidemment pas identifier avec certitude tous les wallets définitivement perdus.

Le regard DrFredMarkets

Voilà une limite rarement mentionnée : la circulating supply cherche à estimer ce qui peut circuler, mais elle ne mesure pas parfaitement ce qui est réellement disponible à la vente. Un token peut être compté comme circulant tout en restant immobile pendant dix ans.

Circulating supply ≠ liquidité

C'est une distinction fondamentale. Imaginons que 800 millions de tokens soient officiellement en circulation. Cela ne signifie pas que 800 millions sont disponibles dans les carnets d'ordres. La majorité peut être conservée dans des wallets, stakée, détenue à long terme, concentrée chez quelques acteurs, ou très rarement échangée.

La circulating supply mesure donc une quantité théoriquement disponible au public. La liquidité mesure la facilité avec laquelle le token peut réellement être acheté ou vendu sans déplacer fortement son prix. Ce sont deux notions différentes.

Une grande circulating supply n'empêche pas une forte concentration

Autre piège. Supposons que 90 % de la supply soit officiellement en circulation. À première vue, cela semble rassurant concernant la dilution future. Mais si 60 % de cette supply est détenue par dix wallets, un autre risque apparaît : la concentration.

La circulating supply ne vous indique donc pas qui détient les tokens, comment ils sont répartis, combien sont activement tradés, combien sont stakés, ni combien sont réellement liquides. Elle répond à une question précise. Pas à toutes.

Peut-on faire confiance au chiffre affiché ?

Pour les grands actifs établis, les données sont généralement relativement robustes. Pour des tokens plus récents ou plus complexes, la situation peut devenir moins simple.

CoinGecko indique combiner informations fournies par les équipes et vérification de données, notamment on-chain. Si la supply ne peut pas être vérifiée, la plateforme peut ne pas afficher de circulating supply. CoinMarketCap précise également utiliser sa propre méthodologie plutôt que reprendre automatiquement les chiffres publiés par les projets.

C'est une bonne habitude : si la supply joue un rôle important dans votre analyse, vérifiez sa méthodologie et ne supposez pas que tous les agrégateurs mesurent exactement la même chose.

Ce que je regarde après la circulating supply

1. Le pourcentage déjà en circulation

Il fournit immédiatement une idée de la quantité restant potentiellement à émettre ou libérer.

2. La total supply

Combien de tokens existent déjà ?

3. La max supply

Existe-t-il une limite ? Et surtout : cette limite est-elle pertinente à l'horizon étudié ?

4. Le calendrier des unlocks

Quand les tokens restants deviennent-ils disponibles ?

5. Les bénéficiaires

Équipe ? Investisseurs privés ? Fondation ? Communauté ? Staking ?

6. Le rythme d'émission

La supply augmente-t-elle de 1 %, 10 % ou 50 % par an ?

7. La concentration

Une supply « circulante » peut malgré tout être contrôlée par très peu d'acteurs.

8. La liquidité

Combien de cette supply est réellement échangée dans des marchés suffisamment profonds ?

Exemple complet

Prenons deux tokens fictifs :

Token Alpha
  • Prix : 2 €
  • Circulating supply : 450 M
  • Total supply : 500 M
  • Max supply : 500 M
  • Market cap : 900 M€
  • 90 % de la supply maximale en circulation
Token Beta
  • Prix : 2 €
  • Circulating supply : 450 M
  • Total supply : 2 Md
  • Max supply : 5 Md
  • Market cap : 900 M€
  • 9 % de la supply maximale en circulation

Même prix. Même circulating supply. Même market cap. Pourtant, l'histoire monétaire future des deux tokens est radicalement différente. Alpha dispose d'une faible quantité supplémentaire à distribuer. Beta pourrait connaître une augmentation considérable de son offre. Cela ne signifie pas qu'Alpha sera nécessairement plus performant — cela signifie simplement que la dilution future occupe une place beaucoup plus importante dans l'analyse de Beta. Voilà la vraie utilité de la circulating supply.

Les erreurs fréquentes

« Il existe 1 milliard de tokens, donc la market cap utilise 1 milliard »

Pas forcément. La market cap utilise généralement la circulating supply.

« Si 10 % seulement circule, le prix va forcément baisser »

Non. Il faut connaître le calendrier d'émission et l'évolution de la demande.

« Token débloqué = token immédiatement vendu »

Non. Disponibilité et vente sont deux choses différentes.

« Circulating supply élevée = forte liquidité »

Faux. Une grande quantité peut être considérée comme circulante sans être activement disponible sur les marchés.

« Les plateformes affichent forcément toutes le même chiffre »

Pas toujours. Le calcul dépend des méthodologies et de la manière dont certains wallets ou allocations sont classifiés.

À retenir

La circulating supply indique la quantité de tokens considérés comme actuellement disponibles au public et en circulation. Elle est essentielle parce qu'elle sert directement au calcul de la market cap. Mais le chiffre brut ne suffit pas.

Il faut surtout regarder combien circule aujourd'hui, combien pourrait circuler demain, et à quelle vitesse le passage de l'un à l'autre doit se produire. Une faible circulating supply n'est pas automatiquement mauvaise. Une circulating supply élevée n'est pas automatiquement rassurante. Et une supply officiellement circulante n'est pas synonyme de liquidité réelle.

La circulating supply est une photographie du float. Les tokenomics racontent ce qui va arriver à cette photographie.

Sources

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Pour explorer concrètement la supply de différentes cryptomonnaies, consultez Tokenami Origins.