Si un token vaut 2 € et que 100 millions de tokens sont en circulation, sa market cap est de 200 millions d'euros. La market cap est utile pour comparer la taille relative de différentes cryptomonnaies — mais elle ne dit ni combien d'argent a réellement été investi dans un projet, ni si celui-ci est correctement valorisé, ni si son token est liquide, ni ce qui arrivera lorsque de nouveaux tokens seront mis en circulation. C'est précisément là que son interprétation devient intéressante.
Pourquoi utilise-t-on la market cap en crypto ?
Regarder uniquement le prix d'un token n'a quasiment aucun sens pour comparer deux cryptomonnaies. Prenons deux tokens fictifs :
- Prix : 100 €
- Supply en circulation : 1 million
- Market cap : 100 millions €
- Prix : 0,10 €
- Supply en circulation : 1 milliard
- Market cap : 100 millions €
Le premier semble extrêmement cher à 100 €. Le second semble presque donné à 0,10 €. Pourtant, les deux ont exactement la même capitalisation.
C'est pourquoi les plateformes comme CoinGecko ou CoinMarketCap utilisent principalement la market cap pour classer les cryptomonnaies par taille relative. La formule repose sur la circulating supply, c'est-à-dire le nombre de tokens considérés comme actuellement en circulation.
La market cap permet donc d'éviter l'une des erreurs les plus fréquentes en crypto : confondre le prix d'un token avec sa valorisation. Un token à 0,01 € n'est pas nécessairement « moins cher » qu'un token à 1 000 €. Tout dépend du nombre d'unités existantes.
Une market cap de 1 milliard ne signifie pas qu'un milliard a été investi
C'est probablement la confusion la plus importante à éliminer. Une cryptomonnaie affichant une market cap de 1 milliard d'euros n'a pas nécessairement reçu 1 milliard d'euros de capitaux.
La market cap est une multiplication. Elle applique le prix actuel d'une unité à l'ensemble de la supply en circulation. Supposons qu'un token possède 100 millions d'unités en circulation. S'il passe de 1 € à 1,10 €, sa market cap passe mécaniquement de 100 millions € à 110 millions €. La capitalisation a donc augmenté de 10 millions d'euros — cela ne signifie pas que 10 millions d'euros viennent nécessairement d'être injectés dans le token.
Le prix se forme sur les transactions réalisées à la marge sur les marchés. Une variation du dernier prix appliquée à l'ensemble de la supply peut donc produire une variation importante de market cap sans qu'un montant équivalent de capitaux ne soit entré ou sorti du marché. CoinGecko rappelle explicitement que market cap et flux de capitaux sont deux notions distinctes.
Ce n'est pas la quantité d'argent présente dans le projet. C'est une valorisation théorique calculée à partir du prix marginal du marché. Cette distinction devient particulièrement importante sur les tokens peu liquides.
Le problème de la liquidité
Deux cryptomonnaies peuvent afficher chacune une market cap de 100 millions d'euros et pourtant être très différentes. Imaginez :
- Market cap : 100 M€
- Volume quotidien : 25 M€
- Nombreux marchés liquides
- Market cap : 100 M€
- Volume quotidien : 50 000 €
- Très peu d'acheteurs et de vendeurs
Sur un écran, elles semblent avoir la même taille. Dans la réalité, le prix du deuxième token peut être beaucoup plus fragile. Quelques transactions peuvent suffire à déplacer fortement son prix et donc, mécaniquement, sa capitalisation.
La market cap ne mesure donc pas la profondeur du marché. C'est pourquoi elle gagne à être regardée avec d'autres données, notamment le volume de transactions et la liquidité. Binance souligne également que la market cap peut être particulièrement sensible aux variations de prix lorsque la liquidité est faible.
Market cap et circulating supply : la donnée cachée derrière le chiffre
La formule contient deux variables : prix × circulating supply. Le prix attire généralement toute l'attention. Mais la deuxième variable est souvent plus intéressante.
La circulating supply correspond à une estimation du nombre de tokens réellement disponibles dans le marché et entre les mains du public. Les tokens encore verrouillés, soumis à un vesting ou réservés à certaines allocations peuvent être exclus de cette supply selon les méthodologies utilisées par les fournisseurs de données. CoinGecko explique par exemple déduire certains tokens verrouillés de la supply totale pour déterminer la circulating supply utilisée dans son calcul de capitalisation.
Et cette quantité peut changer. Elle peut augmenter avec :
- les émissions de nouveaux tokens ;
- les récompenses de staking ou de minage ;
- les token unlocks ;
- la libération progressive des allocations investisseurs ou équipes.
Elle peut aussi être affectée par des mécanismes de burn.
La market cap n'est donc pas simplement prix × nombre de tokens, mais plus précisément : prix × nombre de tokens considérés comme actuellement en circulation.
Le piège classique : une petite market cap avec très peu de tokens en circulation
Prenons un autre projet fictif : prix de 1 €, supply en circulation de 100 millions, supply maximale de 1 milliard. Sa market cap est donc de 100 M€.
À première vue, le projet peut sembler relativement petit. Mais seulement 10 % des tokens prévus sont actuellement en circulation. Si l'ensemble du milliard de tokens était valorisé au même prix de 1 €, la valorisation théorique atteindrait 1 milliard €.
C'est précisément ce que cherche à montrer la FDV — Fully Diluted Valuation. Une différence importante entre market cap et FDV peut signaler qu'une quantité substantielle de tokens pourrait encore entrer en circulation. CoinGecko et Binance recommandent justement de regarder cette différence pour comprendre la structure future de la supply.
Cela ne signifie pas automatiquement que le token va baisser. Cela signifie simplement que la market cap actuelle ne raconte pas toute l'histoire.
Market cap élevée = meilleur projet ?
Non. Une grande market cap indique principalement qu'un actif possède actuellement une grande valorisation relativement aux autres cryptomonnaies. Elle peut aussi être associée à davantage de profondeur de marché, d'ancienneté ou de liquidité dans certains cas.
Mais elle ne mesure directement ni :
- la qualité technologique ;
- les revenus d'un protocole ;
- l'utilité du token ;
- la décentralisation ;
- la sécurité ;
- la croissance de l'utilisation ;
- la qualité des tokenomics ;
- la valorisation future.
Un mauvais projet peut avoir une grande capitalisation. Un excellent protocole peut également avoir un token dont la capture de valeur est médiocre. La capitalisation répond donc surtout à la question « Quelle valeur le marché attribue-t-il actuellement à la supply en circulation ? » — pas à « Ce projet est-il bon ? »
Market cap : ce que je regarde avec elle
Une market cap isolée m'intéresse finalement assez peu. Pour comprendre davantage la situation d'un token, je préfère la regarder avec au minimum :
1. La FDV
Elle permet de voir ce que représenterait la valorisation avec une supply beaucoup plus largement distribuée.
2. Le pourcentage de supply déjà en circulation
20 % et 95 % de supply en circulation racontent deux histoires très différentes.
3. Les prochains token unlocks
Une importante quantité de tokens peut être destinée à entrer progressivement sur le marché.
4. La liquidité et le volume
Une capitalisation élevée sur un marché très peu liquide doit être interprétée avec prudence.
5. L'utilité réelle du token
Posséder une grande market cap n'explique pas pourquoi le token devrait capturer de la valeur.
6. Le rythme d'émission
Une supply fortement inflationniste peut modifier considérablement la situation au fil du temps.
Un exemple simple : deux market caps identiques, deux profils différents
Imaginons deux tokens valorisés chacun à 500 millions d'euros.
- Market cap : 500 M€
- FDV : 550 M€
- Supply en circulation : 91 %
- Unlocks futurs limités
- Marchés relativement liquides
- Market cap : 500 M€
- FDV : 5 milliards €
- Supply en circulation : 10 %
- Nombreux tokens encore verrouillés
- Plusieurs unlocks importants à venir
Regarder uniquement la market cap conduit à considérer les deux projets comme ayant une taille similaire. Regarder la structure de leur supply révèle immédiatement une différence majeure. C'est ici que la market cap cesse d'être une réponse et devient simplement le début de l'analyse.
Les erreurs fréquentes avec la market cap
« Le token ne vaut que quelques centimes, il peut facilement aller à 100 € »
Sans regarder la supply, cette affirmation ne signifie rien. Multiplier le prix cible par la supply permet immédiatement de calculer la capitalisation correspondante.
« La market cap est de 2 milliards, donc 2 milliards ont été investis »
Faux. La market cap est une valorisation, pas une mesure des capitaux nets investis.
« Petite market cap = forcément gros potentiel »
Une petite capitalisation peut simplement correspondre à un petit projet, un marché illiquide ou un token présentant des risques importants.
« Grande market cap = projet sûr »
La market cap mesure une taille relative, pas la qualité ni la sécurité.
La market cap est l'un des meilleurs outils pour éviter de comparer les cryptomonnaies uniquement à partir de leur prix. Mais elle reste une mesure très imparfaite lorsqu'elle est utilisée seule.
Market cap = prix × supply en circulation. Elle permet de comparer la taille relative de différents actifs. Elle ne mesure pas l'argent réellement investi, ni la liquidité, ni les futurs token unlocks. Elle ne dit rien, à elle seule, sur la qualité d'un projet.
Une market cap n'est pas une conclusion. C'est un point de départ. Pour l'interpréter correctement, regardez au minimum la circulating supply, la FDV, les unlocks et la liquidité.
Sources
Pour explorer concrètement la market cap, la FDV et la supply de différentes cryptomonnaies, consultez Tokenami Origins. Pour aller plus loin sur les limites de cet indicateur : pourquoi la market cap peut être trompeuse.